L’anecdote du mabouya

Une petite anecdote qui m’a inspiré une des scènes de mon dernier roman, Gecko.

J’avais une dizaine d’années et passais mes grandes vacances en Guadeloupe, histoire de retrouver la famille. Je me trouvais dans une de ces maisons traditionnelles, ornée de persiennes.

Sur un des murs, d’un blanc immaculé, était exposé un magnifique gecko en bois sculpté. Il était accroché juste derrière une plante ornementale au feuillage bien épais.

J’étais fasciné par l’objet et passais les jours suivants à le scruter sous tous les angles. Mon admiration était cependant teintée d’appréhension. En effet, comme certains d’entre vous ont pu le lire dans le roman, la légende raconte que s’il a le malheur de se coller à vous, il est impossible de s’en débarrasser. A moins de le confronter à son propre reflet dans un miroir.

Au bout de quelques jours d’observation, ma curiosité (un vilain défaut, surtout aux Antilles) a fini par l’emporter. J’ai donc succombé à l’envie de toucher le bibelot en bois.

Et là, le lézard a ouvert les yeux et s’est mis à m’observer, exposant ses pupilles verticales nacrées de jaune. J’ai senti un courant électrique traverser mon épine dorsale au moment où il a déplacé la tête dans ma direction. Il s’est déplacé sur le mur avant de sauter à travers les persiennes des fenêtres pour retrouver sa liberté.

C’était un véritable gecko, un mabouya des bananiers qui dormait tous les jours au même endroit et qui, immobile, passait pour un bibelot que l’on vend aux touristes métropolitains.

Ce jour-là, j’ai eu très certainement une des pires peurs de ma vie et cette aventure m’est restée longtemps en mémoire, au point qu’elle m’a inspiré un roman.

Si un jour vous avez la chance de croiser cet animal, pensez donc au jeune John qui a eu une belle frousse et se voyait déjà en train de tenter de décoller l’animal de son bras !

Hemidactylus_mabouia_(Dominica)

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