GECKO : Proverbes créoles

Les proverbes créoles du roman GECKO et leur traduction

Sa ki la pou’w, dlo pé ké chayé’ y
Littéral : Ce qui est pour toi, l’eau ne l’emportera pas.
Littéraire : Ce qui t’est destiné sera un jour à toi.

Sipòtè toutou an fòm
Les supporteurs sont toujours en forme.
La critique est facile, l’art est difficile.

Lè ou mélé, pa ni zanmi
Quand tu es emmêlé, il n’y a pas d’amis.
Dans le besoin, on est seul.

Malé pa ni klaxon
Le malheur n’a pas de klaxon.
Le malheur ne prévient pas.

Rann sèvis ka ba’y maldo
Rendre service donne mal au dos.
On n’est jamais payé en retour.

Dé mal krab pa ka rété an menm tou la
Deux crabes mâles ne restent pas dans le même trou.
Il y a un seul capitaine dans un navire.

Lé zanmi, mwen té bizwen fè zot kompwen mwen cé an kréyol.
An lo moun ka mandé mwen si mwen sa palé i.
A pwézan mwen save ké yo pé ké pozé mwen kestion la on dézième foa.

Les amis, j’avais besoin de vous faire comprendre que je suis créole.
Beaucoup de personnes me demandent si je sais le parler.
Maintenant, je sais qu’elles ne me poseront plus la question 😉

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*Image empruntée au blog bakoua972.blog*

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Gecko – Extrait 1 – Chapitre 6 – Mise au point

Commissariat de Pointe-à-Pitre, 08h20.

Les journalistes ont déjà investi les lieux. La majorité des grands médias d’information sont représentés : France-Antilles, RFO, RCI et Guadeloupe 1re. Tandis que les agents de police tiennent tout ce petit monde gentiment à l’écart, Rousseau se rend dans le bureau de la commissaire Bertille Manoël.

L’inspecteur s’assoit, du moins, s’affale dans un fauteuil, les dents serrées. Il bout intérieurement, encaissant les réprimandes de sa supérieure. Celle-ci a le visage empourpré et il ne s’agit pas de la conséquence d’une trop longue exposition au soleil.

« Rousseau ! Je vous rappelle que vous ne pouvez pas vous substituer à la police scientifique ! Laissez-la faire son travail ! J’ai encore eu des plaintes à votre sujet ! Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées ! »

Nicolas a l’habitude d’encaisser les reproches de sa supérieure, mais, s’il trépigne, ce n’est pas du fait de l’afflux des piques acerbes. Il est impatient, impatient d’en finir avec cette histoire qui prend un tournant malsain.

Madame la commissaire se lève brusquement puis posant avec autorité ses mains sur son bureau elle hurle :

« Et je sais très bien que vous n’en avez rien à foutre de ce que je vous dis ! »

— C’est exact, confirme l’inspecteur, plein d’audace. Tandis que vous m’engueulez, il y a probablement, en ce moment même, un autre meurtre en préparation !

Bertille se redresse promptement puis lève un doigt accusateur vers Rousseau.

« Attention, Nicolas, n’inversez pas les rôles. Vous feriez mieux de mettre votre arrogance de côté ! »

— Commissaire, je prends note de vos griefs, mais notre but est de protéger la population avant tout. Or, nous avons une meute de chiens qui agresse les Guadeloupéens et nous restons là, les bras croisés !

— Pas de ça avec moi, Rousseau ! Votre impatience maladive n’a d’égal que vos méthodes expéditives ! Vous êtes à la fois agent de police, inspecteur, policier scientifique et médecin légiste ! Quel est votre prochain rôle ? Commissaire de police ?

— Ce serait une idée…

Bertille contourne son bureau avec énergie et vient se placer devant son subalterne, qui n’a pas bronché et soutient son regard.

« Écoutez, Rousseau, je crois avoir été suffisamment patiente jusque-là. Passe encore que votre arme ne soit pas règlementaire, mais vos singeries, je commence à en avoir ras-le-bol ! »

— Pas règlementaire mon revolver dites-vous ?

L’inspecteur plonge vivement sa main à l’intérieur de sa veste. Il dégaine, sans aucune précaution, l’une des armes les plus vénérées par les armaphilistes.

Bertille bondit.

« Rangez-moi ça tout de suite, inspecteur ! » hurle-t-elle

Ignorant complètement l’ordre qui lui est adressé, Rousseau se met à vanter les qualités de son revolver, littéralement amoureux de l’œuvre d’art, tel qu’il la perçoit :

« Cette beauté est un Colt Single Action Army, plus connu sous le doux petit nom de Colt Peacemaker ! »

— Je m’en contrefiche ! rétorque la commissaire

— C’est une conception de Samuel Colt, génial inventeur du dix-neuvième siècle. Il peut sembler vétuste et à des années-lumière de ce que l’on fabrique aujourd’hui, mais je ne l’échangerais contre un SP 2022 pour rien au monde.

— Rousseau ! Vous me fatiguez !

— Certes, il ne tire que six coups, mais je le trouve, dans certaines circonstances, bien plus efficace que le SIG SAUER.

— Cessez immédiatement cette caricature de marchand d’armes !

— C’est amusant, à l’époque de Colt, son invention a fait dire à tous « Dieu a créé les hommes, Samuel Colt les a rendus égaux. ». Pour moi, le Peacemaker, le Pacificateur, est plutôt une bonne illustration de « Si tu veux la paix, prépare la guerre. ».

— Bon, fichez-moi le camp !

— Déjà ? Inutile de vous mettre dans un tel état voyons, je voulais simplement justifier le choix de mon armement.

— Fichez-moi le camp, je vous dis ! Vous m’épuisez ! Finissez-en avec cette enquête ou je mets quelqu’un d’autre sur l’affaire !

Comme s’il attendait cet ordre depuis toujours, Rousseau replace son arme dans sous fourreau puis bondit hors de son fauteuil. Il tente, tant bien que mal de masquer le sourire qui se dessine sur ses lèvres. Bertille Manoël n’est pas dupe :

— Vous croyez vous en sortir, hein ? Détrompez-vous, je vous ai à l’œil ! Une petite mutation en Guyane vous ferait le plus grand bien !

— La forêt amazonienne m’a toujours attiré, commissaire.

— C’est de la prison de Rémire-Montjoly dont je vous parle, Rousseau ! Heureusement pour vous, le bagne de Cayenne n’existe plus.

L’inspecteur ne se démonte pas :

— Ce sera avec plaisir commissaire, mais d’abord, j’ai une enquête à terminer.

— Alors, terminez-la ! Mais cantonnez-vous-en à votre rôle ! Vous êtes inspecteur ! Cessez de vouloir trop en faire !

— Je suis désolé commissaire, mais en faire trop a toujours été dans ma nature.

— Alors, changez votre nature, mon vieux !

Rousseau a déjà la main posée sur la poignée de la porte, tournant le dos à Bertille, il lui dit :

— Autant demander au molokoy[1] de battre le racoon[2] à la course.

Les murs du bureau de la commissaire Manoël tremblent au moment où sa porte claque violemment.

[1] Tortue

[2] Raton-Laveur

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Le pardon.

D’aucuns prétendent que grand est l’homme qui sait accorder son pardon.
Car il est parmi les exercices les moins aisés que de pardonner.
Alors je m’y risque, à l’instar des sud-africains, hier encore ennemis,
Tous réunis en un lieu de culte par Nelson.
Ayant en leur cœur bien plus de force que l’eau vive.

Je te pardonne, toi, qui a manqué à ta parole.
Car, exalté, tu t’es laissé emporter par ton élan.
Promettant la lune, monts et merveilles.
Avant de te courber face à la difficulté.

Je te pardonne, toi, le jaloux.
Car, envieux, tu as découvert ta propre faiblesse.
Et ainsi pu ouvrir les yeux sur ce que tu devais améliorer.
Et à peut-être trouver en moi, une motivation pour évoluer.

Je te pardonne, toi, l’ingrat.
Car, finalement, j’agis sans rien attendre en retour
Alors que toi ne vises que ton propre intérêt.
Nous voici dos à dos, chacun empruntant un chemin opposé.

Je te pardonne, toi l’agressif.
Tes actes et tes paroles sont hors de contrôle.
Et je devine qu’à l’abri des regards tu te maudis.
Souffrant d’être à jamais l’esclave de tes émotions.

Je te pardonne, toi, le vantard
Ton manque de confiance en toi est flagrant.
Tout ce que tu vises, c’est l’entrée dans la cour des grands.
Un peu de reconnaissance, de ton vivant.

Enfin, je te pardonne toi, le donneur de leçons.
J’avoue aimer à t’écouter, sans t’écouter.
Incapable de tenir les rênes de ta propre vie.
Tu te consoles en tentant de guider celle des autres.

John Renmann 16 octobre 2015

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L’anecdote du mabouya

Une petite anecdote qui m’a inspiré une des scènes de mon dernier roman, Gecko.

J’avais une dizaine d’années et passais mes grandes vacances en Guadeloupe, histoire de retrouver la famille. Je me trouvais dans une de ces maisons traditionnelles, ornée de persiennes.

Sur un des murs, d’un blanc immaculé, était exposé un magnifique gecko en bois sculpté. Il était accroché juste derrière une plante ornementale au feuillage bien épais.

J’étais fasciné par l’objet et passais les jours suivants à le scruter sous tous les angles. Mon admiration était cependant teintée d’appréhension. En effet, comme certains d’entre vous ont pu le lire dans le roman, la légende raconte que s’il a le malheur de se coller à vous, il est impossible de s’en débarrasser. A moins de le confronter à son propre reflet dans un miroir.

Au bout de quelques jours d’observation, ma curiosité (un vilain défaut, surtout aux Antilles) a fini par l’emporter. J’ai donc succombé à l’envie de toucher le bibelot en bois.

Et là, le lézard a ouvert les yeux et s’est mis à m’observer, exposant ses pupilles verticales nacrées de jaune. J’ai senti un courant électrique traverser mon épine dorsale au moment où il a déplacé la tête dans ma direction. Il s’est déplacé sur le mur avant de sauter à travers les persiennes des fenêtres pour retrouver sa liberté.

C’était un véritable gecko, un mabouya des bananiers qui dormait tous les jours au même endroit et qui, immobile, passait pour un bibelot que l’on vend aux touristes métropolitains.

Ce jour-là, j’ai eu très certainement une des pires peurs de ma vie et cette aventure m’est restée longtemps en mémoire, au point qu’elle m’a inspiré un roman.

Si un jour vous avez la chance de croiser cet animal, pensez donc au jeune John qui a eu une belle frousse et se voyait déjà en train de tenter de décoller l’animal de son bras !

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GECKO – Les scènes du roman (ordre non chronologique)

1 – La place de la victoire

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2 – Le marché de la DARSE

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3 – Le champ d’Arbaud

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4 – L’îlet du Gosier

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5 – Son phare

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6 – Le CHU de Pointe-à-Pitre

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7 – Les chutes du Carbet

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Je tiens à remercier mon amie Laure pour ses photos 😉

Il y a tant de choses à voir sur mon île que je ne pouvais pas tout intégrer dans un seul roman. Ce sera donc une série (avec dans le dernier chapitre, l’ouverture vers une autre enquête).