Aversion…

AVERSION

Il a fallu que je lui emprunte ses plus beaux habits
Il a fallu que je lui subtilise son masque ranci
Que je fasse mienne sa nauséabonde aversion
Que j’apprenne par cœur ses terribles oraisons
Même un court instant, l’exercice ne fut guère aisé
Mais nécessaire, car sinon, impossible de juger
Très difficile à supporter, j’en avais la nausée
Me voilà donc durant une poignée de secondes …dans la peau d’un xénophobe

Incapable de faire face à ma propre vérité
Incapable d’assumer mes choix erronés
Je rends mon prochain responsable de mes déboires
Je me serre de l’autre tel un exutoire
Ma nation, ma mère, me claque la porte au nez
Alors qu’elle ouvre grands ses bras à tous ces demeurés
Au nom de sa soi-disant sacro-sainte liberté
Me voilà, moi, relégué au dernier rang, celui des oubliés
Et puis, lui est différent…plus ci, plus ça, moins ci, moins ça
Quoi qu’il en soit, le responsable de tout est bel et bien là
Le coupable tout désigné, ma cible préférée
Lui, a mauvaise réputation
Moi, je suis la raison

Non, décidément c’est bien trop pour moi !
Vite, je dois m’extirper de cette panoplie !
Et redevenir un poète qui ne veut pas être roi
Je ne suis pas contaminé, Dieu merci.
Ce que je sais aujourd’hui,
C’est que je vous juge sur vos actes, vos valeurs
Que votre peau soit comme la mienne ou comme la sienne
Nous sommes issus de la même version
Et c’est ceux qui prône l’idéologie d’une autre version…que j’ai en aversion…

John Renmann 03 août 2015

Hermandad_-_friendship

Publicité

Lié…

J’ose enfin ouvrir les yeux…
Le serpent de cuir m’a mordu le dos
Son venin brûlant me consume les chairs
Je me souviens…
Les cris, mon nom hurlé par mon jeune frère.
Mon frère ? Où est mon frère ?
Là, allongé, à mes côtés, j’étais inquiet
Il fait noir.
Je veux lui caresser le visage, le rassurer
Mais le fer me tord les poignets

Hier encore j’étais avec mon enfant
Il riait en sautant au cou de ma belle
ma belle…
Je n’ai pas pu leur dire « au revoir »
Est-ce à dire que je ne les reverrai jamais ?
On m’a dit que l’on m’emmenait de l’autre côté
Par delà l’océan, dans un pays où vit le grand froid
Où il a étendu son règne jusqu’aux coeurs de ses sujets

J’entends gémir et pleurer
Je veux me lever, mais j’ai mal
Je dois avoir la cheville brisée…
Combien des miens se trouvent là, avec moi?
J’entends la mort se pencher au-dessus de mon visage
Je ferme alors les yeux, en pensant à la chair de ma chair
A ma belle aux pieds nus
Mais je suis toujours là…

Je dois rassurer mon frère
Je rampe et pose mon front sur son visage
Sa peau est froide…
Il m’observe de ses grands yeux noirs
Un sourire figé, pour l’éternité
Mon coeur se serre

Ce n’est pas moi que la mort est venue chercher…

Fers_esclave